samedi 25 février 2012
Seriously
mercredi 18 janvier 2012
Les oubliettes
J’ai pris une très grande résolution en prenant la résolution de ne pas prendre de résolution cette année. Comme par hasard, la seule fois où j’en prends pas, je m’y tiens. Et avec tout ça en plus je me muscle le dos pour corriger ma petite cyphose, je marche, je mange des fruits (même si c’est dangereux pour santé), je vais aux examens les mains dans les poches une heure moins tôt que d’habitude, je change de forfait de téléphone, je peins, je retourne la Smerra (enfin bientôt), et surtout, comble de la liberté, je porte mon masque de plongée pour éplucher les oignons. C’est ça la vie. C’est ça s’affranchir du regard des autres (du moins quand ils sont pas là).
Ah la gratinée c’est quand même tout un concept. Enfin un concept auquel il manquera toute la vie un morceau, celui de ta recette que je n’aurais plus jamais l’occasion d’apprendre, et qui de toutes, était incontestablement la meilleure.
La peinture à l'huile c'est de la merde
Mais c'est bien plus beau que la peinture à l'eau.
Ce soir, j’ai peint jusqu’à m’en faire éclater les vaisseaux des yeux. A force d’huile de lin et de white spirit, j’ai l’esprit aussi blanc que lui, et une comète rouge qui part de l’iris et qui fuse vers la périphérie. C’est ce que je vois dans le miroir de la salle de bain, au-dessus du lavabo devenu rose tellement la peinture c’est trop sale. Au moins ces heures de colliers de nouilles et de barbouillage ont eu raison de ce projet qui tourne en boucle dans ma tête et qui en devient un poids si lourd que la maladie menace. Stop. Prends deux minutes. Ou tu vas mourir (mais au fond la mort c’est jamais qu’une grande sieste sans crampe aux jambes non ?). J’aurais pu naître aux quatre coins du monde et je suis née que dans un, celui-là en plus, et vas-y que j'te balargue dans les terres froides de l’Isère. Les inter-saisons boueuses et humides, le brouillard et le paysage trempé. De toute la terre, c’est ici que je vis (aujourd’hui en tous cas). Je vois les gens, le paysage, le train-train et de plus en plus j’appartiens à un autre monde, un monde où je suis la seule à vivre sous ces latitudes. Mais l’heure n’est pas aux comptes avec la vie mais à laver les pinceaux, le pire moment qui soit, celui où je jure que plus jamais au grand jamais je ne ferai une chose aussi coûteuse que de la peinture à l'huile (c'est vraiment huileux malgré tout ce qu'on en dit). Et plus tard, quand l’horreur de l’effort est passé, je le refais, je re déteste, je re-refais, je re-re déteste. Et c’est ainsi jusqu’à la mort.
lundi 31 octobre 2011
D'où venons-nous ? Qui sommes nous ? Où allons nous

This is the way you left me.
En restant tous là plantés, ailes d’avions coupées par la peur. Il va falloir faire les pires choses de ma vie, dire au revoir aux plus chers, faire le deuil, tout envoyer chier une bonne fois pour toutes. Il y a un mur entre les autres et moi, qui s’est construit par un procédé inconnu et que je n’ai pas vu au début. Et c’est dans le tournant, je me rends compte que je vais me le prendre de plein fouet. Je vais finir tous bras cassés, toute défigurée, mes objets de valeur déchirés, me cogner la tête contre les murs des Ehpad. Et ça va être trop tard. J’abandonne. Même si au final je me dirais que c’est vous qu’il me fallait, le prince charmant du dimanche, l’aventurier dans un costard de velours. J’irais au bout du monde gagner ma vie pour lutter contre le tourbillon qui se forme en surface. Au milieu du Pacifique je serais irrattrapable par le tsunami, ou alors que par le vrai tsunami qui est fait avec de l’eau, celui qui fait moins mal. Un tour de passe-passe. Il n’y a plus aucune chaussure à mon pied, il n’y a même plus pantoufle à mon pied, plus personne qui m’aille, plus personne que je vaille. Dans ma tête il y a plus qu’une seule force qui me tire, me tire en avant, m’arrache en avant, se plie en quatre pour que je parte et me tient, quoiqu’il en coûte à l’école, dans l’appartement, dans la maison, à table, auprès ces présences que je ne supporte plus. Ce qui se trame dépasse tout ce que je pouvais imaginer, n’existait même pas dans mon monde. Tout le chagrin que j’ai cru avoir toute ma petite vie n’en était en fait pas un, n’était rien du tout, des caprices, des bêtises, du temps perdu, du manque de courage, des broutilles, des idioties, des débilités, des bricoles, des petits tracas futiles, face au monstre qui y est entré. Monstre encore flou. Que je ne pourrais jamais nommer. Dont je ne peux pas exprimer la présence à haute voix de peur qu’il se matérialise. Qui me fait fermer les portes de tous les placards de la cuisine le soir. Un vrai monstre est capable de balayer tous les chagrins du passé. De se faire une place où il trône seul au milieu de nous. Après lui, il n’y a plus jamais de peine inutile, à part celles qui le réveillent malgré elles. La sensibilité à l’angoisse s’atténue, la tristesse n’existe plus, la vie devient réelle, il n’y a plus rien besoin d’inventer ou de puiser dedans. Tout ça, qui n’a pas d’intérêt, est balayé en quelques temps pour que tout se mette en place pour le combat. Une machine immense s’installe, une très grande entreprise qui nous fait agris malgré tout. Elle entraine l’oubli la plupart du temps, permet de traiter la vie de manière sensé et intelligente, de poursuivre son cursus, de faire des vaisselles pas millier, de préparer des repas très bons, de rêver de réussir, de se laver les cheveux, de dire bonjour, se sociabiliser, être souriante, enjouée, motivée, surmotivée. Quand la coupe est pleine et que le monstre se profile, peu importe son déguisement, elle lâche les vannes pour une durée très calculée et millimétrée. Quand tout est redevenu à un niveau de base, que les larmes ont coulé à flots, elle reprend son oubli, sa mise de côté tellement active et flagrante qu’on s’en rend même compte. C’est un vrai barrage contre lequel on bute si on veut y penser. Enfin, elle donne un but ultime à atteindre, qui occupe l’esprit constamment et qui meut en avant, elle me dit tu vas y arriver, tu peux le faire, tu vivras sur ton grain de sable dans le Pacifique, tu auras la vie que tu mérites si tu travailles. Allez allez en avant, et moi je me lève, pleine d’idées pour réussir et de projets. Tant pis si personne ne m’accompagne. Tant pis si je suis la seule folle à pas faire comme il faut. Et même toi je finirais pas te pardonner d’avoir tout gâché, de n’avoir rien vu venir, d’être resté tellement figé comme des cons et menteur. Et les monstres qu’ils viennent, je les attends.
"D'où venons-nous ? Qui sommes nous ? Où allons nous?" Paul Gauguin 1997-1998